Souffrance psychique au travail : et maintenant ?
La souffrance psychique au travail s’impose comme un enjeu majeur de santé au travail.
Pourtant, après cinq mois d’auditions, le rapport d’une mission d’information du Sénat consacré au sujet n’a finalement pas été adopté.
Au-delà de la controverse, les constats issus de ces travaux interpellent directement les élus du CSE et les membres de la CSSCT : risques psychosociaux, charge de travail, organisation, DUERP, prévention du burn-out…
Que faut-il en retenir pour agir dans l’entreprise ?
Souffrance psychique au travail : un rapport sénatorial qui ne sera pas publié
Créée en février 2026, la mission d’information du Sénat sur « la souffrance psychique au travail : un défi sociétal et collectif à relever » a mené cinq mois de travaux et d’auditions.
Médecins, scientifiques, associations, professionnels de terrain et responsables publics ont notamment été entendus afin de dresser un état des lieux de la souffrance psychique liée au travail et d’identifier des pistes d’amélioration en matière de prévention et de prise en charge.
Le rapport devait porter un titre particulièrement évocateur : « Quand le travail consume : l’urgence de lutter contre l’épuisement professionnel ».
Mais le 8 juillet 2026, la mission n’a pas adopté les projets de rapport et de recommandations présentés par sa rapporteure, Annick Girardin. Ses travaux se sont donc achevés sans publication officielle du rapport.
Cette décision a suscité des réactions parmi les professionnels de la santé au travail. La Fédération française des psychologues et de psychologie (FFPP) regrette notamment que ces travaux n’aient pas été versés au débat public.
Pour les élus du CSE, l’essentiel est cependant ailleurs : les constats dressés concernent directement les conditions de travail et la prévention des risques professionnels dans les entreprises.
Santé mentale au travail : des indicateurs qui doivent alerter
Les données reprises dans les travaux sénatoriaux témoignent de l’importance prise par les troubles psychiques.
Depuis 2025, les troubles psychiques seraient devenus la première cause des arrêts de travail de longue durée, représentant 38,1 % des arrêts supérieurs à deux mois.
Le nombre de salariés consultant pour une souffrance psychique liée au travail aurait également doublé entre 2007 et 2019. Une étude publiée en juin 2026 estime par ailleurs qu’un salarié sur deux présente un signe de détresse psychologique.
Ces indicateurs confirment l’importance prise par la santé mentale au travail et la prévention des risques psychosociaux (RPS) dans les entreprises.
Pour les élus du CSE et de la CSSCT, ces données nationales doivent surtout conduire à observer la situation dans leur propre entreprise : évolution des arrêts de travail, absentéisme, turnover, départs, conflits ou situations d’épuisement. Autant de signaux qui peuvent révéler des difficultés liées aux conditions et à l’organisation du travail.
Une hausse des arrêts de travail, de l’absentéisme, du turnover, des départs, des conflits ou des situations d’épuisement peut constituer un signal d’alerte en matière de souffrance psychique au travail. Pour les élus du CSE et de la CSSCT, ces indicateurs doivent être mis en perspective avec les conditions et l’organisation du travail, afin d’identifier d’éventuels facteurs de risques psychosociaux (RPS).
Risques psychosociaux : ne pas individualiser la souffrance au travail
Lorsqu’un salarié est confronté à un burn-out, une dépression ou une situation de détresse psychologique, les premières réponses apportées sont souvent individuelles : accompagnement psychologique, arrêt de travail, cellule d’écoute ou formation à la gestion du stress.
Ces dispositifs peuvent être utiles pour accompagner les salariés en difficulté. Mais ils ne remplacent pas une véritable démarche de prévention des risques psychosociaux (RPS).
Prévenir la souffrance psychique au travail suppose également d’en rechercher les causes dans les conditions et l’organisation du travail : charge de travail, objectifs, moyens disponibles, autonomie, reconnaissance ou encore relations professionnelles.
Prévenir les RPS : rechercher les causes dans le travail
La prévention de la souffrance psychique au travail suppose de rechercher les facteurs professionnels susceptibles d’altérer la santé des salariés. Parmi les principaux facteurs de risques psychosociaux (RPS) à examiner figurent notamment la charge de travail excessive, des objectifs irréalistes, le manque de moyens, la perte d’autonomie, les conflits de valeurs, le manque de reconnaissance, les changements organisationnels répétés, les relations de travail dégradées ou encore l’isolement.
Pour les élus du CSE et de la CSSCT, l’enjeu est de ne pas s’arrêter à la situation individuelle d’un salarié. Une situation de burn-out, d’épuisement ou de détresse psychologique peut aussi être le révélateur de difficultés plus collectives liées aux conditions et à l’organisation du travail.
Face à un cas de souffrance psychique, deux questions sont donc essentielles : d’autres salariés sont-ils confrontés aux mêmes difficultés ? L’organisation du travail peut-elle jouer un rôle ?
Identifier ces facteurs permet au CSE d’aller au-delà du constat et de contribuer à une véritable démarche de prévention des risques psychosociaux, en recherchant les causes de la souffrance au travail plutôt qu’en agissant uniquement sur ses conséquences.









